L’exposition *Data×Design* explore la manière dont les données sont devenues un nouveau matériau pour le design. À l’heure où tout peut être mesuré, enregistré, modélisé ou encore prédit, le design a recours aux données pour produire de nouvelles images du monde contemporain, mais aussi pour « raconter » ce champ invisible de stocks d’informations massifs et de flux torrentiels, et en questionner les multiples dérives.
Dès lors, une toute nouvelle génération de designers s’est emparée des données, non seulement pour les représenter ou les visualiser, mais aussi afin de les traduire en matières, objets, structures, mouvements et expériences sensibles. Entre calcul algorithmique et décision humaine, les projets présentés interrogent autant ces nouvelles esthétiques issues des données que les enjeux culturels, sociaux et politiques d’une « datafication » du monde.
Contexte
Les données produites, générées et échangées informatiquement, ont aujourd’hui gagné tous les pans de nos vies quotidiennes, au travail, à la maison et dans nos loisirs et occupations les plus diverses. Stockée au sein de gigantesques data centers, leur quantité ne cesse d’augmenter et ce dans des proportions qui nous échappent littéralement. La montée en puissance, encore récente, de l’intelligence artificielle y contribue grandement.
Cependant, cette omniprésence ne se traduit par aucune forme de matérialité perceptible. Elles sont dites massives mais leur amoncèlement demeure invisible. Elles circulent sous nos yeux, sur nos écrans, mais ne revêtent, rigoureusement, aucune apparence distinctive. Ce paradoxe, à l’origine d’un certain "malaise", serait, aux dires de plusieurs chercheurs et intellectuels, le signe fort d’une carence sinon déjà d’un "déficit" sensible de nos vies numériques nouvelles. Pour pallier, en un sens, ce vide et permettre une manifestation sensible des données (ici au sens esthétique et phénoménologique), les designers se sont saisis de ce matériau en vue de lui donner formes et figures, mais aussi couleurs, matières, structures et textures. Multipliant les champs d’expression — mobiliers, objets, sculptures, installations et représentations-visualisations-matérialisations graphiques —, ces créateurs, tels des artisans du numérique, opèrent des sortes de « traductions » ou conversions physiques des données, de l’abstraction computationnelle à la réalité tangible : vers une réification artistique des données.